Le masque du rire:Une douleur derrière un sourire
Parfois nous rions...
Non pas que la joie ait frappé à nos portes, et semé des pétales de lumière sur nos chemins.
Non pas que le bonheur ait fleuri dans les déserts arides de nos âmes.
Non.
Parfois nous rions, un rire fragile qui se brise dans l'air sec de nos chagrins cachés.
Un rire qui est un rideau tiré fermement contre les yeux indiscrets du monde.
Un masque, mis à la hâte, coloré par les teintes de l'imposture.
Derrière lui, une scène de ruines, une ville détruite par une guerre sans nom.
Nous rions pour cacher une blessure qui suppure dans les chambres silencieuses du cœur.
Une douleur... trop profonde pour être contenue par la simple architecture des mots.
Elle pèse lourd, comme une pierre sur la poitrine, comme une ombre qui refuse de se dissiper.
C'est un secret que nous cachons même à nous-mêmes, enfoui sous des couches de contenance artificielle.
Cette douleur... la confidence ne peut la supporter dans ses étroites limites.
En parler signifierait lui donner une forme, la rendre réelle aux oreilles des autres.
Et comment pourraient-ils comprendre la texture de cette douleur particulière, la gravité spécifique de cette angoisse ?
C'est une langue sans lexique, une chanson sans mélodie que le monde puisse entendre.
Et les mots... ne sont que fragiles roseaux devant le torrent de cette souffrance.
Ils n'offrent aucun réconfort, aucun baume pour apaiser les bords rugueux de l'âme.
Ils rebondissent sur la carapace solide que nous avons bâtie autour de notre vulnérabilité, vides et creux.
Alors nous rions.
Un spectacle pour un public d'une seule personne, ou plus.
Un acte désespéré d'auto-préservation.
Un cri silencieux déguisé en cri de joie.
Car parfois, la seule façon de porter le poids insupportable de ce qui est en nous
Est de faire semblant,
Même envers nous-mêmes,
Que nous sommes légers.
Que nous sommes entiers.
Que nous sommes, vraiment,
Heureux.
Alors qu'en vérité, le rire n'est qu'un écho d'une douleur
Que la confidence ne peut supporter,
Et que les mots ne guérissent pas.
#Nour Eddine Baligh#