#Complainte de l'Être sous le Joug Digital#
Un destin technique est tombé, tyran absolu,
Comment l'homme peut-il régner, son règne est révolu ?
La technique a aveuglé la voie, les bases elle voile,
"L'angoisse de l'époque est mort et l'être s'isole."
Ce dire profond a ébranlé les murs puissants,
N'est pas un mal pour les classes sans ressources, souffrants.
Mais douleur du monde où l'âme est mise à nu,
Certains crurent ce mal des classes, méconnu.
Mais l'angoisse du temps s'étend sur tout espace,
Rien ne demeure stable, le temps tout efface.
Car le changement est l'âme qui habite tout être,
Le passé n'est pas vain, cycle à renaître.
Mais histoire du monde et dynamisme humain,
Chaque époque porte son cachet souverain.
Les horizons se transforment au fil des heures,
Les patries ont changé, les structures sont mortes, en pleurs.
Concepts perdus, chaque être s'est égaré,
L'angoisse a gagné, l'homme y est enfermé.
Il vit esclave, en quête de délivrance,
Au cœur d'une pensée riche, pleine d'éloquence.
On trouve sens profond, essence révélée,
L'ancienne angoisse d'exister, jadis, on l'avait.
Née de la pensée et du savoir éclairé,
Mais l'angoisse de l'époque est celle de l'aliéné.
Elle déracine l'homme de l'âme profonde,
Allume un feu qui le blesse et l'inonde.
Cette angoisse l'épuise, le rend vulnérable et vain,
Le jette dans un néant sans but ni chemin.
Ni terre, ni lieu, ni être, désincarné,
Dans un faux monde, mirage irréel, falsifié.
Sans identité il erre, sans repère, sans preuve,
L'angoisse de la tech' en lui, l'amour elle enlève.
Affaiblit le désir de soi, l'être il oublie,
Égare le chemin où se trouve la vie.
Loin de lui-même il part, vers lieu inconnu,
Une identité bâtie jadis, par des temps révolus.
Sur terre natale, avec proches et voisins,
Une âme y trouvait paix, au fond des anciens destins.
Y trouvait son refuge, sa paix, son cher salut,
Mais la technique coupe les fils, tout est perdu.
De son origine elle l'arrache, lui ôte son nom,
Dans un labyrinthe perdu, sans lumière ni plomb.
Vers un sort d'esclave où l'homme s'est fourvoyé,
Devient prisonnier de la machine, aveuglé.
Esclave d'un code qui ignore la douceur,
Le programmeur le mène, tel un troupeau sans cœur.
Vers un pâturage d'illusions, de néant,
L'angoisse de l'époque n'est pas pour un seul camp.
Pas un individu seul, ni un groupe en souffrance,
Mais l'angoisse humaine partout prend sa dominance.
En une époque où les temps sont confus, perdus,
Disparition des patries, l'être est révolu.
Rupture des liens où se trouvait la sécurité,
Entrée dans l'ère du chiffre, le pouvoir illimité.
Un pouvoir aveugle, sans raison, sans lumière,
Qui observe tout, au fond d'une nuit éphémère.
Et le pouvoir règne sur tout lieu, maître absolu,
Oh, tristesse de l'homme, son destin est perdu.
Entre les mains d'un technocrate froid et reclus.
#Nour Eddine Baligh#