#La Dignité de la Faim#
Ô toi qui voiles ta pudeur
Sache que noblesse est ton cœur
Tu n'es point l'âme vile, non guère
Nul défaut ne t'atteint, mon frère
Tiens-toi debout dans ces files qui s'étirent
Où tant d'âmes la pitance désirent
Sans honte, le front haut, tu peux te tenir
Car la faim n'ôte rien au noble avenir
La grandeur se niche en ta fermeté
Quand s'effondrent les dignités
Ces joyaux de l'âme pure
Que l'envie lâche défigure
Ne courbe pas ta tête fière
Quêtant un morceau nécessaire
La honte n'est pas dans ce geste
Mais dans l'indifférence qui reste
L'ignominie, crois-moi, c'est de voir
Sur leurs trônes, gonflés d'avoir
Ces cœurs glacés, l'esprit fermé
Contempler l'âme affamée
Ici, l'affamé que rien n'enflamme
Par manque de force et de souffle
N'est pas celui que l'on condamne
Dans le silence où sa vie étouffe
Mais c'est le lâche, l'oppresseur
Qui trahit l'humain, sans remord
Il sera jugé, lui, le seigneur
Pour tout le mal qu'il fit, la mort
Sur ton visage exténué
Que le destin a torturé
Se lit la légende vivante
D'une patience triomphante
Dans tes mains qui tremblent, hélas
Réside un courage qui passe
La force des fiers bataillons
L'éclat des plus grands noms
Et dans ton attente sur le chemin
Accroché à la patience, à demain
Il y a une dignité, un honneur
Que l'histoire gravera sans peur
Cet honneur qu'ils n'auront jamais, eux
Ces gens aux regards paresseux
Qui n'ont pas vu ta plaie vive
Où tant de peine dérive
Reste debout, même si le sort
Accable ton corps, proche de la mort
Celui qu'aguerri la douleur
Connaît le prix de la lenteur
Son âme, aguerrie par les maux
Ne pliera pas sous les fardeaux
Ni par la file où l'on attend
Ni par le vide dévorant
C'est le récit que mon cœur voit
Que mes yeux regardent, chaque fois
Ce peuple arraché, déraciné
Que la terreur a subjugué
Je prépare la pitance amère
Pour ce peuple que la faim serre
Un feu qui brûle, qui détruit tout
Menace la vie jusqu'au bout
Quatre-vingt-cinq pour cent des leurs
Ont fui la mort et ses clameurs
Habitants de Gaza, chassés
De leurs foyers, tout est brisé
Leur vie s'accroche aux rares dons
Des cuisines de charité
Ces maigres, si maigres rations
N'ont qu'un semblant de pitié
Et penses-tu, ami lecteur
Que ces marmites si peu nombreuses
Suffiront à calmer la douleur
De ces âmes si malheureuses
Ce peuple qui a vu la mort
Et l'absurdité du sort
Qui a vu fuir tous les siens
Bannis de tous leurs anciens biens
#NOUR EDDINE BALIGH#